Comment mon TDA a inspiré la création d'une application scoute

Je suis animateur scout. Je suis aussi programmeur. Et je vis avec un TDA — un trouble du déficit de l'attention. Ce dernier détail est important pour comprendre la suite, parce que quand ton cerveau fonctionne comme le mien, le temps passé à jongler avec de la paperasse au lieu d'animer, c'est du temps qui te coûte trois fois plus cher qu'aux autres.

Laissez-moi vous raconter comment ça se passait avant.

Le mardi soir typique

Imaginez la scène. C'est mardi soir, les jeunes arrivent, c'est le joyeux chaos habituel. Moi, je suis à la porte avec ma feuille de présences — un bout de papier, souvent froissé, parfois le même que la semaine passée avec des ratures. Je coche des noms. Je demande à un jeune que je ne reconnais pas tout de suite s'il est nouveau ou s'il était juste absent les trois dernières semaines. Il me regarde comme si j'avais trois têtes.

Et il avait raison de me regarder comme ça. Parce qu'avec les absences fréquentes de certains, je n'arrivais plus à savoir qui était là quand. Un jeune manquait souvent? Difficile de le dire avec certitude. On pensait qu'il avait manqué la battue du 12 novembre, mais peut-être que non? La feuille dit… quelque chose d'illisible. Fantastique.

Il fallait retranscrire tout ça après la rencontre. À chaque fois. Vous savez ce qui arrive quand un animateur TDA rentre chez lui à 21h un mardi soir avec une feuille de présences à retranscrire? Elle finit dans une poche de manteau. On la retrouve au lavage. Parfois.

Baloo et son tableau Excel

Pendant ce temps, il y avait Baloo. Baloo, c'est l'animateur dévoué qui avait décidé de suivre la progression des badges sur son cellulaire, dans un tableau Excel. Si vous n'avez jamais essayé de naviguer dans un fichier Excel sur un écran de téléphone pendant qu'un louveteau vous tire la manche pour vous montrer son nœud de chaise… Ouf. Disons que l'expérience utilisateur laisse à désirer.

Baloo tapait des chiffres minuscules dans des cellules minuscules, en plissant les yeux. Pendant ce temps, la vie scoute continuait autour de lui. Il manquait des moments précieux parce qu'il était absorbé par son tableur.

Les badges et la grande question

D'ailleurs, parlons-en, des badges. Un jeune mérite un badge pour avoir participé à la battue de telle date? D'accord, mais était-il vraiment là? On retourne à notre feuille de présences — celle qui est peut-être dans la machine à laver. On retourne au fichier Excel de Baloo — celui dont la police est en taille 6 sur son iPhone. On retourne dans nos souvenirs — et avec un TDA, les souvenirs, c'est un peu comme chercher un fichier sur un bureau encombré. Il est là quelque part, probablement.

Le Drive Google, notre mémoire collective (défaillante)

On avait pris l'habitude de tout garder sur Google Drive. Chaque réunion, chaque plan d'activité, chaque document — tout y était. En théorie, c'était notre mémoire de groupe. En pratique, à chaque début de saison, on se posait la même question : « Qu'est-ce qu'on avait fait l'an dernier à pareille date? »

Et là, c'était la fouille archéologique. On ouvrait des dossiers imbriqués les uns dans les autres. On cherchait le bon fichier parmi des noms comme « Réunion-12-nov-FINAL » et « Réunion-12-nov-v2-VRAI-FINAL ». On finissait par abandonner et par réinventer la roue.

Ce qui nous amenait à un autre problème: les jeux et les activités. On cherchait des idées originales pour ne pas jouer au ballon-fou à chaque rencontre. On furetait sur internet, on trouvait des perles… et six mois plus tard, on les avait oubliées et on rejouait au ballon-fou. Avec un TDA, si ce n'est pas sous mes yeux, ça n'existe plus.

Le camp : quand le chaos s'organise (ou pas)

Si les mardis soirs étaient sportifs sur le plan administratif, les camps, c'était les olympiques.

Il y avait Frère-Gris — l'animateur responsable et consciencieux — avec son gros cartable et ses sacs Ziploc de médicaments. Il tentait de se fabriquer un tableau artisanal pour ne pas oublier une seule dose. Un comprimé le matin pour celui-ci, des gouttes à midi pour celle-là, un autre cachet au coucher pour un troisième. Le tout en camping, sous la pluie, avec des jeunes qui courent partout. On ne rigole pas avec la santé des enfants, et Frère-Gris faisait un travail formidable. Mais il n'aurait pas dû avoir besoin d'un diplôme en logistique pour s'en sortir.

Et le stationnement. Ah, le stationnement. À la dernière minute, le jour du départ pour le camp, c'était le chaos. Qui monte avec qui? Est-ce que chaque jeune a une place dans une voiture? Un parent qui devait être là annule — on redistribue. Un autre arrive avec un siège d'auto en trop — sauvé! Un animateur fait trois allers-retours parce que les mathématiques ne fonctionnent pas. Tout ça, organisé mentalement ou sur le coin d'une table de pique-nique.

Les allergies : l'enjeu qui ne pardonne pas

Quand venait le temps de préparer les repas au camp, on sortait les fiches d'inscription et les fiches de santé. On les étalait sur la table et on parcourait chacune, ligne par ligne, pour s'assurer de ne manquer aucune allergie. Intolérance au lactose. Allergie aux noix. Régime sans gluten. Végétarien. Chaque erreur pouvait avoir des conséquences graves. Et ces informations étaient éparpillées dans des formulaires papier dont certains dataient de l'inscription en septembre.

Les communications : la course à obstacles

Contacter les parents, c'était une aventure en soi. On avait deux options : aller en ligne consulter les coordonnées dans l'outil de gestion national — ce qui demandait de se connecter, de naviguer dans une interface qui aurait eu besoin d'un bon coup de jeune, et de copier les adresses une par une — ou fouiller dans nos cartables pour retrouver les fiches.

Quand on tentait les courriels de groupe, on composait une belle liste d'adresses… pour ensuite recevoir un message d'un parent inquiet parce qu'il ne recevait rien. Mauvaise adresse? Filtre anti-pourriel? Changement de courriel non signalé? Le mystère restait entier, et la confiance dans nos communications s'effritait un peu plus à chaque fois.

Les loups d'honneur : le jeu de mémoire

À la fin de chaque rencontre, on décernait les loups d'honneur — une petite reconnaissance pour souligner un comportement exemplaire. Belle tradition. Sauf que chacun de nous tentait de se souvenir : « Est-ce qu'on a déjà donné un loup à Mathis pour avoir aidé un plus jeune? Il me semble que oui. Ou c'était Nathan? C'était quand, déjà? »

Avec un TDA, ce genre d'exercice de mémoire, c'est un sport extrême. On finissait par donner le loup quand même, en espérant ne pas se tromper. Parfois on se trompait.

Les levées de fonds : l'enfer du gribouillage

Et puis il y avait les campagnes de levée de fonds. Les fameux calendriers à vendre. On notait sur une feuille — toujours une feuille — qui prenait combien de calendriers. Qui en avait vendu combien. Qui avait rapporté l'argent. Qui devait encore un montant.

La feuille devenait un champ de bataille de ratures, de flèches et de notes dans la marge. À la fin de la campagne, le décompte final relevait de l'archéologie autant que de la comptabilité.

Le trésorier et la chasse aux chèques

Notre trésorier, lui, vivait son propre cauchemar. Il courait pendant des mois à ramasser les cotisations. En argent comptant ou par chèque. Oui, oui, on utilisait encore des chèques jusqu'à l'an passé. En 2025. Des chèques.

Avec les familles recomposées — papa paie la moitié, maman paie l'autre, le beau-père a envoyé un chèque mais pour le mauvais montant — le suivi financier devenait un casse-tête digne d'un cours de comptabilité avancée. Le trésorier faisait ça bénévolement, en plus de son travail et de sa propre vie de famille. Je ne sais toujours pas comment il a tenu le coup.

L'inventaire fantôme

Une animatrice d'une autre unité m'a raconté son propre enfer : l'inventaire du matériel scout. Plusieurs unités se partageaient le stock — tentes, réchauds, bâches, cordes, ustensiles de cuisine. Qui a quoi? Qui a emprunté la grande tente six places en mai et ne l'a jamais rapportée? Est-ce que les réchauds fonctionnent encore? Personne ne savait vraiment. L'inventaire existait… quelque part. Peut-être dans un fichier. Peut-être dans la tête de quelqu'un qui a déménagé l'an dernier.

Les autorisations parentales : la pagaille organisée

Avant chaque camp ou activité spéciale, il fallait recueillir les autorisations parentales. On envoyait des formulaires — papier ou PDF — et on attendait. On relançait. On relançait encore. On appelait la veille du camp les trois familles qui n'avaient toujours pas signé. Un jeune se présentait au point de rencontre sans autorisation et un parent au téléphone jurait l'avoir envoyée. On fouillait dans les courriels. On ne la trouvait pas. Le stress montait.

Malgré tout, on y arrivait

Avec toutes ces tâches administratives, c'est presque surprenant qu'on réussissait quand même à animer des rencontres de qualité. À préparer des camps dont les jeunes parlent encore des années plus tard. À créer des souvenirs extraordinaires.

On y arrivait. Mais la langue un peu à terre. Épuisés par l'invisible — tout ce travail d'arrière-scène que personne ne voit, que personne ne remercie, mais sans lequel rien ne fonctionne.

Le déclic

Je suis programmeur. Je suis passionné des scouts depuis l'enfance. Et j'ai un TDA qui me rappelle chaque jour que si un système n'est pas simple, accessible et évident, je vais l'oublier, le perdre ou l'abandonner.

Un soir, en regardant cette longue liste de frustrations — les présences sur papier, les tableurs sur cellulaire, les feuilles de médicaments, le chaos du stationnement, les allergies dispersées dans des cartables, les communications perdues, les loups d'honneur en double, les levées de fonds gribouillées, les chèques du trésorier, l'inventaire fantôme, les autorisations manquantes — j'ai eu le déclic.

Chacun de ces problèmes était concret. Chacun avait une solution numérique. Et si une seule application pouvait tous les résoudre, on gagnerait des heures. Des dizaines d'heures. Des centaines d'heures, mises ensemble.

C'est de là qu'est née l'application Wampums. (L'histoire du nom, je la conterai une autre fois — elle vaut le détour.)

Deux ans de terrain

Je développe Wampums depuis deux ans. Pas dans un bureau, pas en théorie : sur le terrain. Je la teste à chaque réunion. J'écoute les commentaires des autres animateurs. Un tel me dit que tel bouton n'est pas assez visible. Une autre me signale que le flux de présences pourrait être plus rapide. Je peaufine, j'ajuste, je recommence.

Parce qu'un outil conçu par quelqu'un qui n'a jamais animé un mardi soir pluvieux avec 30 louveteaux survoltés, ça se sent. Et un outil conçu par quelqu'un qui vit avec un TDA, ça se sent aussi — mais dans le bon sens. Si l'interface me convient à moi, avec mon attention qui papillonne, elle conviendra à tout le monde.

Aujourd'hui, je me rends compte que Wampums remplace à elle seule un tas d'outils que les groupes utilisent de leur mieux : les tableurs, les bouts de papier, les fichiers Drive, les listes de courriels improvisées, les tableaux de médicaments faits main, les feuilles de levée de fonds raturées.

Un outil pour la communauté

Je souhaite partager cette création avec la communauté scoute. En pré-lancement, je l'offre gratuitement, parce que je veux d'abord offrir un produit de qualité qui conviendra au plus grand nombre possible. Je me soucie de l'accessibilité — que chaque animateur, peu importe son aisance avec la technologie, puisse s'y retrouver. Et je me soucie de la possibilité d'utiliser toutes ces données hors-ligne, quand on est en plein bois sans réseau cellulaire.

L'ironie de la chose

Ironiquement, j'ai conçu un outil de gestion numérique pour qu'on passe moins de temps devant les écrans et plus de temps de qualité avec nos jeunes. Moins de paperasse, plus de feux de camp. Moins de tableurs, plus de grands jeux. Moins de stress administratif, plus de loups d'honneur bien attribués.

Je suis parti de problèmes concrets — les miens, ceux de Baloo, de Frère-Gris, du trésorier, de l'animatrice aux prises avec l'inventaire — pour offrir une solution unique.

Afin d'avoir les scouts au bout des doigts.

Wampums est gratuit pendant la période de pré-lancement. Demandez une démo et on configure votre organisation ensemble.