Dans mon article sur le TDA, j'avais promis de vous raconter un jour l'histoire du nom. Promesse tenue — et oui, elle vaut le détour. Elle commence au siècle passé, dans le sous-sol d'un monastère, avec une poignée de louveteaux un peu trop énergiques. Dont moi.

Au siècle passé, dans une meute un peu turbulente

Quand j'étais louveteau, il était courant d'emprunter des éléments aux cultures des peuples autochtones. Des noms de totems, des cris, des cérémonies « à l'indienne ». C'était fait de bonne foi, avec beaucoup d'admiration, mais disons-le franchement : un peu maladroitement. On ne se posait pas trop de questions.

Notre meute, elle, posait surtout des défis. Nous étions — comment dire — enthousiastes. Bruyants. Créatifs dans notre interprétation du décorum scout. Notre Akéla a donc eu une idée : un système de points qui récompenserait les bons comportements et découragerait les écarts.

Des rondelles d'or, d'argent et de bronze

Les points n'étaient pas des chiffres sur un tableau. C'étaient des objets. De vraies rondelles de métal — des washers de quincaillerie — peintes en or, en argent et en bronze. Un bon coup? Une rondelle. Un geste généreux? Une rondelle dorée, si on était chanceux.

On les accrochait à notre ceinture avec un crochet de rideau de douche. Je vous laisse imaginer le bruit d'une meute complète au pas de course : on nous entendait arriver du fond du stationnement. Et on était fiers. Une ceinture bien garnie, c'était un CV ambulant.

Les animateurs appelaient ça des woumpoums.

Le système fonctionnait étonnamment bien. Son seul défaut : il obligeait les animateurs à se promener avec une réserve de petites rondelles dans les poches. Imaginez Bagheera, en plein jeu de nuit, fouillant ses poches pour trouver une rondelle argentée entre un sifflet, une lampe de poche et un emballage de granola.

Trente ans plus tard

Trente ans plus tard, je suis retourné animer à la même meute. Et devinez qui y animait encore? Mon Bagheera de l'époque. Toujours là. Je ne sais pas si c'est de la persévérance ou de l'entêtement, mais c'est admirable.

Les points existaient toujours. Le système avait même fait des petits dans d'autres meutes. Mais les rondelles avaient disparu : les points étaient devenus virtuels. Chez nous, c'était Baloo qui les consignait dans un tableau Excel sur son cellulaire — oui, ce tableau Excel, celui dont je vous ai déjà parlé, avec ses cellules minuscules et son petit écran.

Dans une autre meute, c'était encore plus simple : entièrement subjectif. On donnait 50 points ici, on en enlevait 10 là, sans rien noter, et à la fin, on récompensait ceux que les animateurs jugeaient les plus méritants. Avec la meilleure volonté du monde, mais sans aucune trace de ce qui s'était passé.

Et le vocabulaire avait suivi sa propre évolution. Les plus anciens animateurs disaient encore « des woumpoums ». Les plus nouveaux disaient simplement « des points ». Deux générations, deux mots, une même idée.

La question qui m'a piqué

Quand j'ai commencé à développer mon application, la question s'est imposée : d'où vient ce mot, au juste? « Woumpoum », ça sonne bien, mais ça ne veut rien dire. Alors j'ai fait ce que tout programmeur avec un TDA fait quand une question l'accroche : j'ai passé une soirée entière à fouiller au lieu de coder.

Le mot vient de wampum, un terme issu des langues algonquiennes. Les wampums sont des perles taillées dans des coquillages — blanches, tirées du buccin, et violettes, tirées de la palourde quahog — enfilées en colliers ou tissées en ceintures. Chez plusieurs peuples autochtones, dont les Haudenosaunee et des nations algonquiennes, ces objets avaient une valeur immense.

Une valeur qui tient en partie à l'effort qu'ils demandaient : percer et polir chaque perle à la main prenait un temps considérable. Mais surtout, les wampums portent une mémoire. Les motifs et les couleurs d'une ceinture rappellent des récits, des lois, des alliances. La ceinture à deux rangs, par exemple, consigne une entente conclue en 1613 entre les Haudenosaunee et les Néerlandais : deux chemins parallèles, chacun dans son embarcation, côte à côte et en paix. On ne lit pas une ceinture de wampum comme un document : on la récite, on la transmet, on la garde vivante.

Nos rondelles peintes étaient bien loin de tout ça. Mais en lisant, j'ai compris ce que notre Akéla avait peut-être deviné, sans le savoir : on ne récompensait pas seulement des comportements. On gardait une trace de qui on devenait.

Pourquoi j'ai gardé le nom

L'application que je développe — fruit de mon labeur, assisté par l'intelligence artificielle, je l'avoue sans gêne — fait exactement ça. Elle recueille l'histoire et la progression de chaque jeune : ses présences, ses badges, ses étapes, ses bons coups. Et elle est un objet de partage : entre les animateurs qui la remplissent et les parents qui la consultent, entre l'unité et les familles.

Et pour être clair : les renseignements des jeunes ne passent jamais dans ces outils d'IA. Je développe et je teste sur des données fictives.

Une mémoire qu'on se transmet. Un lien entre deux groupes qui avancent côte à côte.

Il m'a semblé juste de la nommer Wampums. En mémoire de nos traditions — les rondelles, le crochet de rideau de douche, Akéla, Bagheera et tous ceux qui ont tenu ces meutes à bout de bras. Et en hommage aux peuples autochtones que nous côtoyons, dont nous avons emprunté, enfants, tant de choses sans toujours les comprendre. Ici, en Outaouais, nous animons sur le territoire non cédé de la Nation anishinaabe algonquine.

Je ne prétends pas que ce nom répare quoi que ce soit. Mais je préfère un nom qui rappelle d'où viennent nos mots plutôt qu'un nom qui l'oublie.

L'ironie de la chose, encore

Trente ans plus tard, le système de points de mon Akéla tient dans un téléphone. Plus besoin de traîner une poche de rondelles : un toucher, et le point est donné, consigné, visible par les parents le soir même.

Je dois quand même avouer une petite nostalgie. Une ceinture qui cliquette, ça avait du panache. Si jamais vous retrouvez une vieille rondelle dorée au fond d'un tiroir, gardez-la. C'est un vrai woumpoum.

Wampums est gratuit pour une unité au moins jusqu'en 2028. Demandez une démo, ou explorez l'unité exemple sans inscription.